mardi 28 juillet 2015

Pierre Dezoteux, cordonnier poète (1742-1826)


Pour être consacré poète du peuple Il faut avoir fait ses preuves d'ignorance, et n'être sorti de cette ignorance que par des efforts personnels, sans autre guide que la vocation, écrit Alphonse Violet dans la préface des Poètes du peuple au XIXe, publié en 1841.

Pierre François Marie Dezoteux est un de ces précurseurs, avec Louis Fayeule de Boulogne sur Mer, de ces poètes ouvriers, ou artisans, qui apparaîtront tout au long du XIXe siècle.



Collection personnelle


Il est né le 4 octobre 1742 à Desvres, fils de Pierre, aussi cordonnier, et Marie Déjardin. Il publie son recueil de poësies en 1811, à compte d'auteur et par souscriptions. La liste impressionnante des 340 souscripteurs à la fin du volume, donne une idée de sa diffusion et du tirage qui devait être autour de 400 exemplaires. La grande majorité de ces souscripteurs sont domiciliés autour de Desvres : 225 à Boulogne sur Mer, 70 à Desvres même, puis dans les bourgs et villages d'alentour : Guines, Marquise, Montreuil, Macquinghem, Hucqueliers, Hesdin, Baincthun et Samer. Hors du Pas-de-Calais : un exemplaire à Abbeville, trois à Paris, un à Louhans, Marseille, Clermont et Strasbourg.
Il se marie deux fois : en 1774 avec Jeanne Marie Vasseur, qui lui donne une fille et en 1781 avec Ursule Teillier. Il décède à Desvres le 26 mars 1826 en la maison du sieur Augustin Delamotte, cordonnier, il a 83 ans.
Une courte notice biographique est publiée quelques années après sa mort.



De son recueil de poésies, j'ai extrait ces trois chansons patoises :

- Le sortilège, sur l'air Tout depuis que je su's varlet






- Dis-m' in peu, men cousin Cola, sur le même air





- Les amours et conclusions de mariage de Magritte et Jean François, sur l'air V'là d' s'aria, ma bonne mère

  




Bruno, lecteur fidèle du blog, a fait le rapprochement entre cette chanson et celle présente dans le collectage que l'association Traces a diffusé en 1986 et qui est disponible sur cette page. Il a également fait le lien avec la chanson J'ai tro belles paires d'maronnes, collectée par l'association Marie Grauette, que l'on peut trouver ici.
Merci à Agnès pour les liens qu'elle m'a communiqué.
Ces deux amateurs de musique, chansons et traditions de notre région ont fait une analyse très fine de cette chanson sur leur site.

Christian Declerck


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J'ai numérisé l'intégralité de ce petit volume devenu assez rare


La première partie


La seconde partie

En prime une table des matières avec la liste des timbres retrouvés par Agnès Martel





samedi 25 juillet 2015

Julien Tiersot et Laurent Grillet



Deux précurseurs de passage à Lille

source Gallica


Julien Tiersot, ethnomusicologue


Le 15 décembre 1901, à l'invitation de la Société des Concerts du Conservatoire, Julien Tiersot donne une conférence/concert sur "la chanson populaire en France avec le concours d'Eléonore Blanc et d'un chœur de douze demoiselles du cours de chant du Conservatoire de Lille. Toute fois, malgré la prise en compte progressive du patrimoine régional par les élites culturelles, ce genre d'initiative est sans doute prématuré. Le public ne répond pas à l'appel des organisateurs, et c'est devant une salle bien peu garnie que Julien Tiersot déclama lui-même Le Pauvre Laboureur et dirige sa Légende Synphonique Sire Halewyn, écrite d'après un chant populaire flamand."
source : La symphonie dans la cité, Lille au XIXe siècle, Guy Gosselin, p. 288










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Laurent GRILLET, vielleux de la Société des instruments anciens

En mars 1896, la société des Concerts des Ecoles Libres organise, dans la salle de la Société Industrielle de Lille, un concert peu ordinaire par les quatre artistes de cette Société crée l'année précédente :  Jules Delsart sur la viole de gamme, Louis Van Waefelghem sur la viole d'amour, Louis Diemer au clavecin et Laurent Grillet à la vielle à roue.
Un article de Jean François Chassaing, paru dans Trad Magazine en 2003 (n°90), nous présente Laurent Grillet, musicien au carrefour de la musique savante et de la musique populaire.




Autour d'un clavecin, par Adolphe Brisson




vendredi 10 juillet 2015

Chansons roubaisiennes

collection Médiathèque de Roubaix


La médiathèque de Roubaix a mis en ligne 320 chansons populaires éditées sous forme de feuilles volantes


c'est ici

et plus de 180 documents sonores dont des 78 tours de Jules Watteeuw


Jules Watteeuw par Alfred Desplanques
collection personnelle


c'est ici 

les autres collections en ligne sont ici

lundi 6 juillet 2015

André d'Ivry, chansonnier, poète (1890-1965)

André d'Ivry par Léopold Simons
collection personnelle

Depuis longtemps je conserve dans ma collection quelques petits formats de ce chansonnier, édités à Béthune vers 1920, sans être parvenu à l'identifier. Récemment j'ai pu me procurer un exemplaire de l'autobiographie qu'il a publiée en 1951, Toute ma vie en chanson, 1.000 exemplaires, hors commerce, réservés aux amis de l'auteur.
Grace à cet ouvrage j'ai pu enfin identifier ce personnage hors du commun. Pourtant  il n'y dévoile pas son identité véritable, mais il lâche ici et là une information qui en la recoupant avec une autre, puis avec une troisième, m'ont permis de dévoiler le mystère.



Descendant d'une famille originaire de la Corrèze, précisément du hameau de Taphalechat, commune de Saint Sulpice des Bois, sur le plateau des Millevaches, André Alexis Girond est né à Ivry sur Seine le 28 octobre 1890, dans le quartier du port. Son père, Louis Alexis, est maréchal-ferrant aux entrepôts d'Ivry, c'est aussi un militant de gauche. Socialiste, syndicaliste, libre penseur et, précise son fils, franc-maçon*. Il a deux frères, André et Louis et deux sœurs, Gabrielle et Simone. Il fait le désespoir de son père qui espérait en faire un ouvrier modèle.
Très attiré par les poètes qu'il découvre dans la bibliothèque paternelle, surtout par les œuvres de Monthéus, il écrit des poèmes et des chansons qu'il interprète à la Société lyrique d'amateur, la Fauvette Ivryenne. Lassé d'un travail harassant, il quitte l'usine où il est pilonnier (il assiste les forgerons au marteau-pilon) pour partir à l'aventure. Direction Paris, les cafés concerts, il débute au Concert Brunin, puis chante au Divan Japonais et même chez le Bruyant Alexandre, un imitateur d'Aristide Bruant. Il est apprécié et trouve de nombreux contrats dans ces établissements très nombreux à cette époque. Un contrat plus important l'entraîne par chez nous, à Valenciennes, mais quelques jours après son arrivée le café chantant est fermé par décision de justice. Il se retrouve à la rue et sans le sou et se fait recruter pour la Légion étrangère. On est en 1908. Il y passe cinq années qui le marquent profondément. A son retour il rentre à Paris et va se présenter à la Muse Rouge où il rencontre Monthéus. Il a un bon emploi et en 1914 il se marie avec Marguerite Minart, enceinte de trois mois. Quelques mois plus tard il est dénoncé à son employeur comme révolutionnaire, forcé à démissionner, et ne pouvant pas trouver d'autre travail à Paris, il décide de rejoindre la famille de son épouse, née à Lens. Il se fait embaucher à la mine de Bruay, comme remblayeur au puits n°5 bis.
Après quelques mois à la mine il trouve, grâce à un beau frère caporal des pompiers, un petit café dont le fond est à vendre, rue Sadi-Carnot. Avant d'emménager, il organise chez son beau frère, aussi cabaretier et mineur, une soirée chantante avec trois ou quatre amateurs de la ville. Ils sont surveillés par le brigadier de police Floctel, qui note tout ce qu'il interprète.
Quelques temps plus tard il répond à une annonce parue dans le Petit Béthunois "recherche un jeune homme, 25 ans environ, bonne instruction, pour être employé au Tribunal civil de Béthune".
Je lui laisse la parole :

Je me présente et suis agréé quoiqu'âgé de 24 ans seulement. Mais au lieu de travailler au greffe, je suis affecté au premier cabinet, à la disposition de M. Riccardi, juge d'instruction.
Me voici donc en même temps secrétaire d'instruction et cabaretier […] Un matin, j'ouvre le courrier puisque cela était dans mes attributions : quelle tuile !!! quelle tuile me tomba sur le crâne !!!. Une demande d'enquête était adressée au parquet contre M. X. (moi-même) pour propagande anarchiste, par la chanson.
Le juge d'instruction était chargé d'éclaircir cette affaire par le Procureur de la République. C'était donc grave… très grave. C'était le résultat de la goguette organisée par moi et donnée chez mon beau-frère, quelques jours auparavant.
Me voici donc en fait, chargé de faire une enquête sur moi-même, c'est à dire contre un anarchiste certainement dangereux. Quand M. Riccardi arriva au bureau, je le mis naturellement au courant de cette affaire… baroque. Je n'eus aucun mal à lui démontrer que personne n'était moins anarchiste que moi. Ancien militaire, engagé, marié et bientôt père. Membre du Parti socialiste depuis sa fondation. Je lui fis lire les œuvres interprétées le soir de la goguette en question, et cet homme qui avait le courage de ses opinions me pria de l'accompagner à la sous-préfecture où il demanda une audience immédiate à M. Bonnefoy-Sibour, alors sous-préfet. Il lui conta mon histoire de soirée chantante et l'enquête qui devait s'ensuivre. Cette "salade" se termina à la grande confusion de brigadier Floctel, qui ne savait certainement ce que pouvait être un anarchiste, mais connaissait beaucoup de curés de la ville.

Arrive la déclaration de guerre, il est incorporé au 1er régiment de zouaves, il participe aux combats de Bapaume, blessé grièvement le 26 juin 1915 près d'Arras il est transporté à Valognes (Manche) puis à Rennes où il est, mal, opéré à la main gauche qui restera atrophiée. Convalescence à Béthune, puis il est affecté aux services auxiliaires. Après son retour à Béthune il fonde la société d'artistes amateurs la Fauvette Béthunoise.
La suite de sa biographie est assez imprécise, on apprend qu'il est un temps, dans les années 1930, prestidigitateur dans un théâtre forain, Le Magic Hall Salon Pietro, qu'il obtient, en 1936, le premier prix au concours du Syndicat International des Artistes Prestidigitateurs. La suite est fragmentaire, il omet par exemple de mentionner son second mariage en 1942 avec Suzy Vernay, née en 1908. Il décède à Epinay sur Orge (Essonne) le 1er avril 1965, il est alors domicilié à Paris, 25 rue Béranger.



Collection personnelle

Son fils né à Béthune en 1914, prénommé André comme son père, chansonnier sous le pseudonyme André Flandres, écrit des chansons populaires mises en musique par le compositeur René de Buxeuil. Il meurt à Paris le 3 octobre 1979.

Christian Declerck

* il était grand maître de l'ordre de Saint Sauveur de Mont Réal

Son livre donne les textes (complets ou un extrait) de plus de 130 poèmes et chansons, sans musique. Ci-dessous les petits formats que je possède ; certains contiennent une musique, composée par André d'Ivry ou par Pierre Monté.





Collection personnelle