samedi 19 mars 2016

Raymond Vanméerhaeghe, accordéoniste

Il a 24 ans sur cette belle photo et vient d'ouvrir son café 601 rue de Gand à Tourcoing.
photo R. Vermesse à Roubaix
collection personnelle



Dans les années '30 et '40 et même '50 il existait dans notre région de nombreux éditeurs/compositeurs de musique, principalement pour accordéon. J'en ai recensé plus d'une vingtaine répartis sur le Nord et le Pas de Calais dont quelques éditeurs plus importants comme Pierre Drucbert et Eden Edition à Lille et Enrico Basile à Cambrai, mais surtout beaucoup de petits éditeurs qui n'éditaient qu'eux mêmes ou parfois un ami, mais toujours à tirage limité.
Raymond Vanméerhaeghe fait parti de ceux-là, j'ai pu le rencontrer [en 1986] et l'interroger sur sa vie de musicien, compositeur, éditeur et marchand d'instruments de musique.


Il est né le 6 avril 1914 à Mouvaux, fils d'un tisserand et d'une bobineuse, dans une famille sensible à la musique, son père jouait du diatonique, mais, dit-il : c'était pas un artiss'. A 9 ans il reçoit son premier instrument, un Scandalli chromatique d'occasion : Presque tout le monde jouait sur Scandalli, il n'y avait pas beaucoup de marchands, il suit des cours auprès de plusieurs professeurs mais  c'était pas des as, au bout de d'trois, quat' mois j'étais plus fort qu'eux. Il va voir Marceau Verschueren (le fameux V. Marceau, le virtuose du moment) mais il était trop occupé, il jouait tous les jours dans un grand café de la rue de Béthune et rue d'Angleterre avec Vancaillie, j'ai trouvé d'moi même parc' que j'étais doué, mais il a quand même étudié le solfège au Conservatoire de Tourcoing.
Son père lui achète plus tard (chez Vanhout à Menin) un accordéon spécial (18 kg) qui possède, en plus des six rangées de basses composées, trois rangées de basses chromatiques comme les accordéons classiques  qui permettaient, dans les concours, de jouer les morceaux classiques dont les partitions étaient écrites pour le piano.
Il commence à composer et éditer en 1936. En 1938 il prend un café à Tourcoing, 601 rue de Gand ; il y joue de temps en temps. Mais la clientèle est difficile et n'aime pas la virtuosité : On pouvait jouer du classique mais du classique gai, la Cavalerie Légère par exemple, mais Chopin et toute la clique ça plaisait pas ça et il conclu on était des forts mais qui plaisaient pas aux gens.
Son café disparait dans l'explosion d'un V1 pendant la guerre. En 1946 il ouvre un magasin de musique, toujours à Tourcoing, 16 rue de Menin (commerce qu'il cèdera en 1973), à la même époque il joue à la Radio PTT Nord avec Jean Prez, Charles Verstraete et Léon Fermont, il a aussi un orchestre de bal avec piano, batterie, saxo et trompette.

collection personnelle


Pour augmenter ses droits d'auteur il est allé chercher à la SACEM, les listes de chefs d'orchestre du Nord et il leur envoie ses partitions. Mais les échanges de listes entre les compositeurs ont noyé ces chefs d'orchestre sous des tonnes de papier qu'ils ne lisaient plus.
Il vend beaucoup d'accordéon grâce aux professeurs qui reçoivent une commission de 10% du prix de vente. Maintenant, dit-il, les profs achètent directement aux fabricants qui leur donnent 25%, les commerçants ayant une marge de 33%, ils ne peuvent pas lutter.
Il n'a pas connu de fabricant d'accordéons dans la Région, sauf Watterloos à Roubaix, 1 rue Delannoy, mais qui faisait venir les accordéons d'Italie et y mettait sa marque, STELLA et PIERFI, et aussi un réparateur, Gierlotka, d'abord à Fouquières les Lens puis à Saint Omer et un qui a bricolé du côté de Sin le Noble, mais il ne se souvient pas de son nom.

Paul Laby, l'orchestre musette Rozanes
Claude Brely de Radio PTT Nord et l'orchetre musette Harry
l'ensemble Raymond Mahieu
collection personnelle


Après toutes ces années de travail, il est assez amer et regrette sa carrière : J'ai choisi le commerce, mais c'est pas ce que je devais faire, j'aurai dû faire des disques, aller à Paris, ça passait à la radio, comme Marceau, comme Baseli, comme Vertraete, comme toues les vedettes de cette époque qui venaient toutes, ou presque, du Nord de la France.
Maintenant, à Paris y z'attendent pus après les typ's du Nord. avant c'était dans l'Nord qu'y avait les plus forts, maintenant ici y en a pus… si… des bricoleux.

Raymond Vanméerhaeghe, alias RAY-DELL, est décédé en 1993 à Tourcoing


Christian Declerck
article publié dans Le Tambourineur en février 1986