vendredi 3 février 2017

Le projet Musicarchives





Le projet Musicachives est un projet de recherche mené par Sophie-Anne Leterrier dans le cadre du laboratoire CRHES de l'Université d'Artois, avec le soutien du Ministère de la Culture, en 2015-2016, en partenariat avec les Archives départementales du Nord et du Pas-de-Calais, et le CRLL. 

Ce projet consiste en recherches sur les musiques populaires du Nord-Pas-de-Calais, et en valorisation d'une partie des fonds de chansons anciennes des médiathèques de la région, grâce à des interprétations, des enregistrements, à terme une base de données. 

Une partie des enregistrements réalisés sont disponibles sur ce blog, la liste est indiquée à la fin de ce document, après une courte présentation du contenu du projet.

Les musiques populaires, actualité et mémoire.
La chorale, la fanfare ou l'harmonie est dans la région, du Nord-Pas-de-Calais, une pratique musicale authentiquement populaire. Encore aujourd'hui, c'est dans cette région qu'existent le plus grand nombre de fanfares, harmonies et batteries-fanfares. Cette pratique, parfois objet de condescendance, offre l'exemple d'une véritable passion musicale populaire. Elle résulte d'une histoire longue. Les sociétés chantantes accompagnent la vie ouvrière depuis le XVIIIe siècle. Les premières sociétés philharmoniques sont apparues dans le département du Nord dès la Restauration, mais c’est sous le second Empire, et plus encore au cours de la troisième République que les associations chorales, puis instrumentales, ont connu un véritable essor. Elles fondaient leur existence sur un règlement et des statuts précis, reflets des motivations de leurs fondateurs et de l’esprit qui les animait : soif d'art, de sociabilité et de progrès social.
Les sociétés musicales du Nord-Pas-de-Calais sont à la fois l'expression de cultures communautaires, de culture de classes, de cultures de métier, et un moyen de diffusion de la culture nationale et des valeurs de la démocratie. Dans les sociétés chantantes urbaines, une partie du répertoire s'exprime en dialectes. Le picard est resté très vivace dans le peuple. Les chansons sont au XIXe siècle l'un des moyens de sa conservation et de sa propagation. La plupart évoquent les mœurs et le quotidien des paysans, le travail textile ou la vie dans les corons, de manière humoristique, voire burlesque. Elles visent l’anecdote et révèlent une volonté de peindre la vie quotidienne des quartiers ouvriers et des campagnes. Il s’agit rarement de dénoncer la misère, mais plutôt de lui échapper par le rire. Une autre partie du répertoire des sociétés musicales, plus importante à partir des années 1880, s'exprime en français, et les orphéons sont des instruments actifs d'unification linguistique du territoire. 

Des patrimoines vivants.
L'histoire des sociétés musicales du Nord-Pas-de-Calais a accompagné toutes les mutations du territoire - mutations économiques, sociales, culturelles. Ce n'est pas seulement une histoire ancienne. Au XXe siècle, de nouveaux courants sont apparus, dans la mouvance des événements de mai 1968, autour d’artistes qui voulaient revivifier la chanson patoisante régionale (tel Edmond Tanière, de Fouquières-lez-Lens, 1937-1991). De néo-fanfares se constituent, brassant les influences musicales et les styles. Les sociétés musicales populaires, que l'on croyait surannées ou résiduelles, deviennent un objet social contemporain. 
Un certain nombre de manifestations sont organisées par les acteurs publics, ponctuellement ou régulièrement, pour révéler les richesses de l'histoire de ces sociétés, leur donner des espaces d'expression, des moyens, les mettre en valeur. Plusieurs structures culturelles, artistiques ou muséales du territoire s'intéressent à la dimension musicale à travers les pratiques populaires, notamment Culture Commune, et le 9-9bis dans le bassin minier.
Notre projet part du présupposé selon lequel le patrimoine musical est un élément non seulement d'histoire, mais d'identité ; pas un vestige, mais un acte d'énonciation, de partage. Les sociétés musicales actuelles ont donc tout à gagner à se réapproprier leur histoire et leur patrimoine, non pas pour le sanctifier pieusement, mais pour l'explorer, le mettre en jeu, le réinventer. Notre projet vise à présenter et mettre en débat des sources peu connues et difficiles d'accès. 
Au niveau national, la Bibliothèque nationale conserve et valorise des sources musicales très variées, notamment des milliers de partitions et de petits formats de chansons. Ce corpus est resté longtemps peu accessible, la numérisation des catalogues des fonds musicaux n'ayant abouti à leur intégration au catalogue général de la BNF que depuis quelques mois. Au niveau régional, les archives et les bibliothèques renferment des trésors, particulièrement la médiathèque Jean Lévy de Lille en ce qui concerne les chansons de carnaval. Serge Dillaz, auteur de référence sur l'histoire et la sociologie chansonnière a contribué à la valorisation de certaines pièces. Les médiathèques mènent un travail de longue haleine de valorisation de leurs fonds musicaux.  Créé en 1982 à la médiathèque de Roubaix, le fonds local et régional sonore a pour but d'archiver tous les enregistrements sonores concernant le Nord-Pas-de-Calais. Dans le contexte d’une mission de coordination régionale confiée en 2011 au conservateur d’Etat de la médiathèque de Roubaix et des objectifs généraux du CRLL Nord-Pas de Calais, une plate-forme de coopération régionale a été mise en place en 2012. Le portail baptisé "Auditorium Nord - Pas de Calais" est opérationnel depuis le 2e semestre 2014.

Contenu du projet Musicarchives
Notre projet repose sur l'articulation entre le travail de recherche et la valorisation, sur deux axes complémentaires, l'un de contextualisation des pratiques musicales populaires, l'autre de connaissance et de mise à disposition de répertoires. 
Le premier axe vise à explorer et à valoriser une partie des sources archivistiques relatives aux sociétés musicales, conservées dans les centres d'archives départementales, dans le Nord et le Pas-de-Calais. Cette exploration vise surtout à mieux contextualiser les pratiques musicales, dans leur géographie, dans leur chronologie, et leurs enjeux.
Le deuxième axe du projet concerne d'abord les chansons populaires. Les fichiers chansons de la médiathèque Jean Lévy sont d'une richesse exceptionnelle. La possibilité de les faire entendre (sous forme de fichiers MP3) sera certainement une impulsion à leur diffusion. Elle n'est pas limitée par des questions de droits, dans la mesure où la plupart des textes sont dans le domaine public et où les mélodies ne sont presque jamais originales, (ce sont presque toujours des "airs connus" répertoriés dans les éditions successives de la Clé du Caveau, en ligne sur Gallica à la BNF.)
Le programme mis en œuvre passe d'abord par l'inventaire, puis par la numérisation de certains de ces documents, pour aboutir dans un second temps à la constitution d'une base de données, construite de façon à permettre des entrées thématiques sur le sujet, mais aussi à documenter de façon précise l'existence de plusieurs sociétés. 


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Vous pouvez télécharger ici une partie de ces chansons, dont voici la liste : 

- Un Admirateur des Cricks-Mouls, de Ch. Decottignies, air : « Ramonez-ci, ramonez-là » (Bruno Richardot) 

- Les Affaires d'Italie racontées par Césarine, de Ch. Decottignies, air du « Dieu des bonnes gens » de Béranger (Sophie Anne Leterrier)

- L'Arbre de la liberté, d'Eugène Pottier, air inventé par Marie-Hélène (Marie-Hélène Boulaire)

- Les Avantages d'être jeune fille, de Ch. Decottignies, air « Les plaisirs du village » (Judith Fages)

- Les Bonnes gens de Saint-Sauveur, paroles et musique de Desrousseaux (Jean-Claude Vanfleteren)

- Le Café, paroles et musique de Desrousseaux (Jean-Claude Vanfleteren)

- Chanson de la fête d'Arras 1926 (Béatrice Coton et Hervé Diéval)

- Chanson entre chien et loup, de Jehan Faber (Marie-Hélène Boulaire)

- Chanson qui n'en est pas une, air « Pierrot partant pour la guerre » (Vincent Chevallier)

- Les Coiffures à la chienne, musique de « Un vrai comique », de Grimonprez (Marie-Hélène Boulaire)

- La Comète de 1857, de Desrousseaux (Marie-Hélène Boulaire)

- Couqu'baque et l' marché à terme, de Babylas, air de « Gloire au père de tous les ouvris » (Marie-Madeleine Vaillant)

- Les Danses d'aujourd'hui, de  Ch. Decottignies, air nouveau de Philippe, (Philippe Decomble)

- Le Discours d'un Français, de Gérard Huleux musique Bruno (Bruno Richardot)

- Les Droits d'auteurs, ou l'impôt sur la musique,  de Ch. Decottiginies, sur l'air du tra (Marie-Madeleine Vaillant)

- Les Femmes au pouvoir, de Henri Tanche, air de « L'Homme né coiffé » de Desrousseaux (Judith Fages)

- Une femme discrète, paroles et musique de Desrousseaux (Jean-Claude Vanfleteren)

- La Femme d'un coulonneux, paroles et musique de Desrousseaux (Sophie A. Leterrier et Jean-Claude Vanfleteren)

- L'Habit d'mon vieux grand-père, paroles et musique de Desrousseaux (Jean-Claude Vanfleteren)

- L'Histoire d'une camanette, paroles et musique de Desrousseaux (Jean-Claude Vanfelteren)

- L'Hiver, de Desrousseaux, air des « Gueux » de Béranger (Sophie A. Leterrier)

- Hue Dada, paroles et musique de Desrousseaux (Jean-Claude Vanfleteren)

- Le Jour des noces, paroles et musique de Desrousseaux (Jean-Claude Vanfleteren)

- Journées de février 1848, air de « La Faridondaine » (Sophie A. Leterrier)

- Liquette, de Desrousseaux (Sophie A. Leterrier et Jean-Claude Vanfeletren)

- Le Magnétiseur, d'A. Dillys, air du Petit sergent sans moustache de Desrousseaux (Hervé Dieval)

- Le marchand de pommes de terres frites, paroles et musique de Desrousseaux (Jean-Claude Vanfleteren)

- La Mort d'Azor, paroles et musique de Desrousseaux (Sophie A. Leterrier et Jean-Claude Vanfleteren)

- La Révolution des femmes, de Henri Tanche, air de « Mimi l'Amour » de Desrousseaux (Judith Fages)

- L'Utilité du balai, de Théophile Lerouge, sur l'air du cordonnier (Jean-Claude Vanfleteren)

- La Valse ratière, de Camille B., air de la « Valse des mômes » (Marie-Hélène Boulaire et Hervé Diéval)

- La Vieille dentellière, paroles et musique de Desrousseaux (Sophie A. Leterrier et Jean-Claude Vanfleteren)